Marcelo Joulia, design et restauration : Un kif par jour

Le  18/09/2016

Lorsque j’ai rencontré Marcelo Joulia, je voulais comprendre comment on peut passer du métier d’architecte à celui de restaurateur et comment l’homme peut concilier les deux.

 

Rendez-vous dans ses bureaux. Petit immeuble dans un quartier branché,  mélange de béton, bois et grandes baies vitrées donnant sur un jardin désordonné et charmant. Open space où de très jeunes gens travaillent très concentrés (sur fond de musique quand même) devant leurs écrans. Sur les murs, photos et ébauches des projets encours de Naço, sa société de design global  mixant architecture, design et communication.

 

Il possède également sept restaurants, cinq à Paris, un à Buenos Aires, un autre en Chine.

Bientôt, il ouvrira un nouvel établissement dans le seizième arrondissement,

Il a un autre projet en Provence…

 

Marcelo Joulia arrive et l’espace se rétrécît pour laisser de la place à son immense stature.

L’homme, né à Cordoba se définit comme 100 % argentin, même si son arrière grand-père était aveyronnais.
A croire que les gènes sautent des générations.

Il quitte son pays à 17 ans avec sa mère et frères et sœurs pendant le coup d’état militaire pensant partir pour  seulement 6 mois. Il est tout de suite fasciné par la France, ce pays dont sa mère lui a vanté les libertés.

Il étudie l’urbanisme et à 26 ans commence à bricoler des choses. Il tient beaucoup à ce mot « bricolage » qui le définit comme il le souhaite : symbole d’une liberté dans le temps et dans l’espace.

Il commence par « bricoler » des lampes et obtient son premier chantier,  puis effectue un rapide passage chez Philipe Starck. Mais Il ne veut pas rentrer dans les cases, son désir de tracer et d’être indépendant est le plus fort.

L’homme croit aux surprises et aux rencontres.
Celle avec Pierre Gagnaire pour qui il avait pensé le restaurant de St Etienne en est une bonne illustration. 20 ans après, il le retrouvera, comme si ils ne s’étaient jamais quittés. Le grand cuisinier contribuera à lui ouvrir la porte de son univers gastronomique comme une mise en bouche pour ses orientations futures.

Marcelo Joulia continue son parcours, en gardant cette notion des bons produits en tête.

 

Il y a 10 ans, il rentre pour de bon dans le monde de la cuisine avec son premier restaurant : L’Unico, né de son amitié avec un photographe et compatriote. Tous les deux ont l’envie d’ouvrir un bar, mais se rendent vite compte que la nuit est un univers un peu spécial. Vite, l’idée d’un restaurant germe.  Argentin bien sûr, comme eux, mais tout sauf folklo. Les deux amis ne touchent pas au lieu, une ancienne boucherie dont il dit qu’il n’aurait pas pu faire mieux en terme de décoration. Ils décident de proposer de la cuisine  argentine telle que les français, fins palais, l’imaginent. Le chef, la viande et le charbon viennent d’Argentine. Tout est fait maison Les empanadas sont préparés tous les matins, de la pâte à la garniture, la viande est tranchée comme elle doit l’être chez eux.

Le restaurant est un succès, l’expérience lui plait et lui donne l’envie d’ouvrir d’autres Unico en Argentine et en Chine sans pour autant abandonner son agence et sa passion de l’architecture.

 

Quelques années et quelques affaires en plus…

Nous évoquons sa façon de travailler ; son quartier chéri (le douzième) où toutes ses affaires, que cela soit sa société, ses restaurants ; le lieu où il vit sont à moins de 400 mètres les uns des autres ; de sa nouvelle création : un vélo design et léger conçu pour la ville et qui sera commercialisé en septembre ; des poignées de portes qu’il a dessiné et réalisé à l’aide de son imprimante 3D ; de sa couleur préférée, le orange, que l’on retrouve partout dans ses univers comme un fil identitaire ; de ses envies de consommer mieux, de se satisfaire de l’essentiel.

L’écouter passer d’une idée à une autre, de projets à d’autres si différents, on pourrait penser à de la désinvolture lorsqu’ au contraire, il est dans l’extrême maitrise et le contrôle. Il pense global, fabrique et supervise tout ce qui est autour de lui : des logos au dossier de presse de ses restaurants où il se rend régulièrement pour surveiller qu’aucun élément de décoration voulu par lui ait pu changer sans son aval.

 

En l’écoutant, je me demande comment j’ai pu me poser la question à propos de ses multiples casquettes tant la réponse est évidente. Chez Marcelo Joulia tout fonctionne comme un cercle vertueux. La déco d’un restaurant est aussi importante que ce que l’on y consomme. Architecture, design et gastronomie ne sont que le reflet de l’art de vivre.

Pour continuer de laisser la place à son imagination, il a su s’entourer des bonnes personnes à la bonne place.

La liberté est un mot qui revient souvent dans ses propos. Il lui importe fort de rester libre. Libre de rêver à d’autres projets, à d’autres univers, de ne rien s’interdire, de prendre du plaisir chaque jour de sa vie.

Pas de doute libre, il l’est.

http://www.naco.net/

Commentaires